Le groupe ayant choisi d’étudier le livre de Savatie Bastovoi s’est intéressé à la personnalité de l’auteur et non au livre en lui-même.

Ce prêtre moldave ne parle pas de religion dans le livre « Les lapins ne meurent pas » mais de la période communiste lorsqu’il était enfant. C’est dans des essais non traduits qu’il s’interroge sur la religion post-communiste dans un pays confronté à la laïcité. Notre groupe a été interpellé par cette réflexion et a entrepris d’analyser la religion aujourd’hui en Roumanie.

Tout d’abord, nous avons réfléchi au patrimoine religieux ce qui nous a amené jusqu’à la Bucovine et aux monastères peints, puis nous nous sommes logiquement centrés sur Iasi, deuxième plus grande ville de Roumanie. Après cette première approche plutôt touristique et historique, nous nous sommes posées la question de l’état actuel de la religion… Est-elle plus présente qu’avant à cause des précédents communistes ou bien s’efface-t-elle de plus en plus pour laisser place à une certaine « européanisation » ?

C’est à Iasi que nous avons réellement entamé notre périple en ayant toujours en tête cette question et grâce à Madame Spita, professeur de roumain à la Sorbonne, nous avons pu rencontrer un bon nombre d’interlocuteurs prêts à en parler.

Notre recherche a commencé par une interview à la Radio Trinitas, radio orthodoxe roumaine née à Iasi puis transférée à Bucarest. Nous avons fait face dès cette première entrevue à l’évolution de la religion et son rapport à la modernité. La religion utilise tous les médias pour communiquer sur ses actions et surtout pour survivre aux yeux de la jeunesse. Cette évolution n’est peut-être pas étonnante pour certains, mais il faut avouer que l’on est loin du cliché de la religion fermée et austère.

Par la suite, nous avons assisté à un baptême, ainsi qu’à une messe le lendemain et à une bénédiction de maison le mardi suivant… Tous ces rites prouvent une survivance importante de la religion en Roumanie que ce soit de la part de personnes âgées ou de jeunes. La messe était sans aucun doute le plus impressionnant puisque les gens faisaient la queue jusque dans la rue pour y entrer !

Nous avons malgré tout interviewé l’association des jeunes orthodoxes de Iasi, des prêtres et des moines, mais aussi des étudiants en médecine, et les avis sont assez contrastés. Néanmoins, ils notent tous une baisse de la pratique religieuse chez les jeunes, un contre courant par rapport à la religion… Il est vrai qu’après avoir parlé à un jeune historien de Bucarest, il semblerait que la Moldavie soit la région la plus croyante (et la plus pauvre) et que les jeunes ont de moins en moins la foi, tout comme lui. Sans aucun doute, les gens de la capitale sont bien moins croyants qu’en Moldavie, et les jeunes d’autant plus ! Cependant, sur une classe de 15 étudiants de médecine à l’Université de Iasi, pas un seul n’était non croyant… On ne peut faire de généralités à partir de 15 personnes, mais force est de reconnaître que la même expérience en France ne donnerait certainement pas le même résultat.

Il y a donc eu un renouveau évident de la religion après la chute de l’URSS et pendant les années 90, et peut-être s’estompe-t-il peu à peu aujourd’hui. Mais l’engouement religieux est encore tout à fait sensible et présent en Roumanie. Des chiffres d’ailleurs abondent en ce sens en affirmant que 80% de la population se dit croyante… Ceci dit, nous avons essentiellement étudié la religion orthodoxe étant majoritaire en Roumanie et fondatrice des monastères de Bucovine que nous avons visité.

Les monastères sont extrêmement nombreux en Roumanie et particulièrement en Moldavie autour du XVIe siècle pour constituer une sorte de rempart de la chrétienté à l’Empire ottoman. Nous en avons visité 9, des plus célèbres aux plus reculés, et nous avons été agréablement surprises par l’accueil, mais aussi par l’activité des moines et des moniales. En allant du vin à la tsouika (alcool fort local), ou encore de l’édition à l’atelier de couture, les activités des monastères sont importantes et permettent une autogestion assez étonnante.

Mais ce que nous aimerions mettre en avant, ce sont les rencontres incroyables que nous avons faites lors de notre séjour et qui nous ont permis toute cette recherche et cette expérience si enrichissante. Nous remercions Madame Spita pour nous avoir ouvert les portes de la Roumanie. Et enfin, un grand merci à Adrian et Claudia Dinu pour nous avoir guidé, conseillé et aidé tout au long de notre séjour sans jamais rien nous refuser et toujours de manière très chaleureuse…

C’est donc la tête pleine de ces émotions et de cette expérience que nous avons attaqué notre sélection de photos autour des monastères, des activités religieuses et des personnes rencontrées sur place. Par notre exposition, nous chercherons à recréer cette atmosphère unique des monastères de Bucovine, mais aussi à transmettre nos informations sur l’actualité de la religion en Roumanie.

à découvrir au stand de Courrier International au Salon du Livre 2013 du 22 au 25 mars, au Centre Malesherbes de la Sorbonne du 26 au 29 mars et à l’Institut culturel roumain !

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